Décadence onirique
Cher journal, d'habitude je ne me rappelle que très peu de mes rêves, et c'est même la raison pour laquelle je te tiens. Tu te souviens, dans mon introduction j'avais spécifié au moi futur que ce journal me servirait à me rappeler de mieux en mieux de mes nuits. Je devais même finir par réussir à être conscient de rêver. Chaque matin, je t'ouvre donc et prends le temps de coucher sur le papier mes rares souvenirs des films de mon sommeil. Cependant, cette nuit n'a pas été comme toutes les autres, mon rêve est encore tellement présent que j'ai peur de ne pouvoir l'oublier un jour. Mais avant de n'avoir parlé trop vite il faut absolument que je te le raconte !
Deen se coucha très tard ce soir là. L'ordinateur portable posé sur les genoux, il avait veillé une bonne partie de la nuit devant un film particulièrement prenant. Inconscient de l'heure, il avait immédiatement regardé la suite pendant presque trois heures supplémentaires. Le regard trouble et les paupières lourdes, il avait fini par se résigner au sommeil. Une fois la machine éteinte et nonchalamment posée sur le sol, il s'était endormi avant même que sa tête ne touche l'oreiller.
Simplement habillé d'un marcel blanc et d'un boxer noir, il n'avait cependant pas sentit la morsure du froid lorsque une bourrasque s'était infiltrée par la fenêtre ouverte mais aux volets fermés. Emporté par le sommeil, il n'avait pas non plus sentit sa couette tomber au bas du lit ni vu le vent faire tourbillonner ses cours sur son bureau. Non, Deen dormait à point fermés.
Tout était vide autour de moi et je ressentais comme une sensation de chute libre. Il n'y avait ni lumière ni couleur. Pas même du noir. Ma seule sensation était celle du vide immense et d'une attraction puissante au niveau de ma poitrine, comme si un fil me tirait en avant. Comme si je tombais, attiré par un poids qui enserrait ma poitrine. Je ne pouvais plus respirer, je suffoquais. Puis le vide fit place à une matière visqueuse et résistante. Le changement se fit lent mais je sentais ma chute ralentir. La matière sans substance n'était réelle que sur ma peau. Je ne voyais toujours rien, je ne sentais absolument rien. Mes cinq sens semblaient s'être arrêtés de fonctionner, me laissant pour seul repère que mon sens de l'équilibre. Je tombais et c'était tout ce que je sentais. Comment pouvais-je alors savoir qu'une matière visqueuse ralentissait ma course ? Rien. Car il n'y avait rien. Rien d'autre que moi. Et je tombais toujours.
Viens
Une voix désincarnée prononça alors ce mot : Viens. Elle résonnait dans ma tête mais j'étais incapable de dire si je l'avais réellement entendue. Comment pouvais-je la qualifier de sensation alors que je ne ressentais rien ! Mais déjà ma chute ralentissait tellement que je caressais l'espoir de m'arrêter. La matière visqueuse se fit alors plus fluide et j'eus soudainement peur d'accélérer, pour l'éternité. Mais, c'était comme si elle se désintégrait et je sentis une surface solide sous mes doigts. Je m'étais alors totalement stoppé.
Le toucher fut le premier de mes sens à s'éveiller. J'étais allongé face contre terre et ma joue s'écrasait durement sur cette nouvelle matière. Je sentis alors comme une petite brise frôler ma peau. Je frissonnais à se contact. La brise se fit plus puissante tandis qu'une odeur étrangère taquina mess narines. Mon cerveau analysait en vain l'odeur surprenante que transportait le vent. Elle changeait du tout au tout, enchaînant les senteurs avec rapidité : l'herbe fraichement coupée, la pêche, la mer, le feu, le sexe . . . Cette dernière odeur persista au-dessus de toutes, se mélangeant à la sueur et à l'odeur du corps humain. Je me sentis durcir, enivré par l'odeur irrésistible. Le vent se changea en caresse et j'eus alors la nette sensation d'une main parcourant mes omoplates.
Curieux, j'ouvris les yeux et un tourbillon de couleurs s'empara de ma vue. La surface sur laquelle je reposais était comme faite de verre et un arc-en-ciel de couleur dansait sous mes doigts. Des fils argentés semblant émis par le contact de ma peau sur le verre se perdaient dans ce courant de lumière teintée. Je soulevai alors ma main, ne laissant que le bout de mes doigt frôler le sol et j'eus la surprise de voir les fil émis de ma paume rester accrochés à ma peau, la reliant au sol comme du miel s'étends entre la cuillère et le récipient. Sauf que la liaison semblait à la fois fragile et incassable. Tendant ma main au-dessus du sol, je vis les fils s'étirer sans jamais se casser.
Le vent s'engouffra alors sous mon corps et me retourna sur le dos. L'air aussi était teinté d'une douce lumière colorée. Tantôt bleu, tantôt violet, l'air qui m'entourait semblait passer d'une couleur à l'autre sans que mon esprit ne sût séparer les nuances. Mais le plus étonnant était le vent. Il était presque visible, d'une teinte plus verte mais indicible du reste. Je ne pouvais établir la limite entre l'air figé et celui qui caressait maintenant tout mon corps. Là encore, la sensation d'une peau contre la mienne se fit ressentir. Une main invisible détaillait chaque détail de mon corps, me procurant des sensations étranges comme si ma peau était toute entière une zone érogène.
Passant mes doigts garnis de fils argentés sur mon torse puis sur mes hanches je m'aperçu que j'étais nu, entièrement livré à ce vent érotique. L'odeur du désir se fit alors plus présente et les caresses plus insistantes. La main se dirigea vers mon bas ventre et s'empara de mon sexe érigé. Je me cambrais alors, suffoquant. Je ne sentais pas mon c½ur mais je savais qu'il battait très vite, diffusant dans mes veines un sang chargé de désir.
Des milliers de mains effleurèrent soudain ma peau frissonnante. Elles s'infiltrèrent partout, écartant mes bras et mes cuisses. Je me sentais comme fixé au sol, seulement capable de soulever mon corps de sursauts et de cambrures. La main qui s'était emparée de mon sexe se vit rejointe par d'autres qui commencèrent ensemble un mouvement lancinant de vas-et-viens. Je vis, alors que ma tête se rejetait en arrière, un vent d'une autre nature s'approcher de moi. Sa teinte était rouge et je le voyais filer jusqu'à moi puis s'arrêter au dessus de mon corps, une distance de quelques misérables centimètres nous séparant. Quand elle se posa sur mon torse, la nouvelle brise me fit découvrir une toute autre sensation : ce n'était plus une main mais deux lèvres entrouvertes qui venait de se mêler au ballet des menottes désincarnées.
Ce vent là était chaud, excitant. Je laissais un gémissement s'échapper de ma bouche asséchée. Les lèvres se déplacèrent doucement vers mon entre jambe et la contournèrent pour aller se réfugier sur ma cuisse droite. Les lèvres disparurent alors puis revinrent immédiatement toucher ma peau. Le phénomène se reproduisit encore trois fois avant que la nette impression de baisers délicatement posés sur le haut de ma cuisse ne s'impose à moi. Les baisers brûlants me firent soupirer alors qu'ils descendaient se réfugier à l'intérieur de ma cuisse. Je sentis cette dernière se soulever et être ramenée sur mon torse, légèrement décalée, offrant à la vue de tous mon intimité fraichement découverte. Les mains caressant cette cuisse firent pression sur la zone se rapprochant de mon sexe et je vis la masse d'air rouge s'engouffrer entre mes bourses. Les baiser cajolaient ces dernières d'une manière tellement érotique qu'ils me tirèrent un cri de plaisir irrésistible.
Les lèvres s'ouvrirent alors sur une langue mouillée qui se fit une joie de lécher la peau qui l'entourait. Mes poignets étaient maintenus fermement au sol et je ne pouvais rien faire pour mettre fin à cette douce torture. Ça n'en finissait plus et mon c½ur menaçait d'exploser dans ma poitrine. C'est à ce moment que les lèvres s'écartèrent de mon corps et se placèrent au-dessus de mon sexe pulsant. Elles se refermèrent sur mon gland rougit par le plaisir. La chaleur se répandit alors sur tout mon membre tandis que les mains le délaissaient et que les lèvres l'emprisonnaient. La langue se remis en acticité sur ma peau douloureuse et je ne pus plus empêcher mes cris de s'élever dans les airs. Une main plus curieuse que les autre se déposa sous mes bourses et je sentis un doigt descendre jusqu'à mon intimité puis la pénétrer doucement. Il s'engouffra totalement, restant quelques secondes sur place pour m'habiter à sa présence. Il ressortit ensuite pour revenir flirter avec mon anus accompagné d'un autre doigt. Les deux intrus s'introduisirent dans mon antre réticent. Mais la douleur fit place au plaisir lorsque le mouvement de vas-et-viens des doigts s'ajouta à celui des lèvres sur mon sexe. J'haletais.
Viens
La voix était revenue. Tremblante, elle m'incitait à me délivrer, me donnant l'espoir d'une fin proche. Les mouvements synchronisés des lèvres et des doigts se firent plus rapides, plus insistants, plus sensuels et mon sang ne fit qu'un tour. La chaleur accumulée dans mon bas-ventre explosa en saccades, déversant sur mes cuisses ma semence trop longtemps retenue. Le liquide termina sa course au niveau de mes fesses, irriguant la peau irritée de mon intimité percée.
Les masses d'air s'écartèrent alors de moi comme pour me laisser reprendre mes esprits. Mon c½ur venait tout juste de retrouver une pulsation normale quand une bourrasque me retourna. Je me retrouvais cette fois-ci sur le ventre, la joue de nouveau écrasée contre le sol de verre, et je pus de nouveau observer les fils argentés qui dessinaient maintenant des tatouages féeriques sur ma peau nue et humide de sueur. Mes cuisses furent une fois de plus écartées et un « bras » d'air se faufila sous mon ventre. Il me souleva du sol, me forçant à adopter la position si humiliante de la femelle animale. Les mains revinrent prendre possession de mon corps et une pression fut exercée sur le bas de mon dos, me forçant à me cambrer. Je me faisais de nouveau envouter par les odeurs propagatrices de désir.
Incapable de réagir mais subissant la plus excitante des humiliations, je me laissais emporter par ce courant de pur plaisir. Reprenant leur activité première, les mains malmenèrent mais parties intimes me préparant à l'intrusion ultime et inexorable. Je savais ce qui allait arriver mais pour rien au monde je n'aurais fait cesser ce moment. Au moment même où je me faisais cette réflexion, un nouveau courant d'air vint remplir l'espace. Celui-ci était noir, comme des prunelles imbibées de désir. Baissant la tête, je regardai entre mes jambes et vis la nouvelle masse d'air se concentrer juste derrière moi. Je savais déjà de quel organe elle était l'apparition désincarnée.
Une des mains qui parcouraient ma chevelure agrippa mes cheveux et les tira en arrière brutalement, me forçant ainsi à relever la tête. L'apparition noire était bien plus brutale, sauvage. J'en eu la confirmation quand un sexe chaud et dur pénétra mon intimité. Ce fut alors un cri de douleur qui perça mes lèvres. Mais le nouvel arrivant se fit plus doux plus tendre et, entamant son propre mouvement de vas-et-viens, me fit découvrir des sensations tellement intenses que je ne trouve pas les mots pour les décrire. Le tout étant que le plaisir reprit rapidement sa place et la douleur ne fut bientôt plus qu'un lointain souvenir.
Les lèvres déposèrent des baisers sur mon dos puis dans mon cou, ajoutant encore un peu de douceur à ce moment intense. Je ne tardai pas à me vider pour la seconde fois, rejetant par saccade ma semence brûlante. Mes bras tremblèrent tandis que les vents colorés s'éloignaient de moi. Je retombai, épuisé, sur le sol transcendant de mon rêve. J'eus soudain très froid.
Je me suis réveillé en sueur, les sous-vêtements sales de mon sperme encore chaud. Le vent ravageait ma chambre plongée dans le noir.
Deen se réveilla en sursaut et inspecta ce qui l'entourait. Voyant l'action du vent, il se leva pour refermer sa fenêtre puis revint à son lit. Il alluma sa lampe de chevet et entreprit de raconter à son journal des rêves sa surprenante expérience onirique.
J'ai l'impression de m'être fait dépuceler par un rêve !
Mais ce qu'il ne vit pas c'est la silhouette que se matérialisa devant la fenêtre. Lorsqu'il posa enfin son journal et qu'il releva la tête, un sourire niais aux lèvres, il ne prit pas tout de suite conscience du garçon qui le regardait depuis l'extrémité de son lit. Mais quand ses lèvres s'ouvrirent de stupéfaction, l'autre monta sensuellement sur le lit et se rapprocha de lui avec une démarche animale.
Ça t'a plu ?
Il se pencha sur le visage de Deen et referma ses lèvres ouverte avec son doigt.
Tu ne veux pas savoir comment c'est en vrai ?
Il fit basculer Deen en arrière et rejeta la couette.
Maintenant que tu connais ma décadence onirique, partage avec moi la réalité de la luxure.
Ses lèvres se posèrent alors sur les miennes et tout recommença.
Edraan, 23 août 2009.